donderdag 5 mei 2011

jeudi 21 avril 2011

 Qalqilya

     Le jeudi 21 avril 2011, nous partons à la découverte de Qalqilia.  Lever très matinal, petit déjeuner au Queen's dans une confusion et une lenteur (et une désorganisation) très … palestiniennes, le guide-mentor peste et jure qu'on ne l'y reprendra plus.  Nous avons rendez-vous dans un centre médical (Medical Relief Centre) au coeur de Qalqilia que dirige le docteur Muhammad Abushi.  Il nous explique la partition de la Palestine mais surtout les difficultés de la vie quotidienne à Qalqilia : les fermiers qui doivent faire des trajets et des détours interminables pour aller travailler leur champ à cinquante mètres de chez eux en raison du mur qui enserre la ville, les checkpoints qui n'ouvrent qu'à des heures bien précises, rendant le passage quasi impossible aux journaliers, les champs non cultivés (et pour cause!) qui reviennent à l'Etat (d'Israël, bien entendu) en vertu d'une vieille loi ottomane.  Tout est fait pour chasser les Palestiniens de chez eux.  Le docteur Abushi est un ancien communiste qui a étudié en Roumanie.  Son assistante, Souad, nous conduit jusqu'au mur.  C'est notre première rencontre, de tout près, avec ce fameux mur.  Un égout à ciel ouvert le traverse.  L'armée israélienne empêche parfois les ouvriers communaux de le débarrasser des déchets qui l'encombrent; l'égout se bouche, et la puanteur se répand.  L'odeur nous prend d'ailleurs aux narines.  Dans un haut-parleur, au lointain, une voix nous parvient : Ladies, don't take pictures ! S ur la muraille, quelqu'un a écrit Non muri, ma ponti.  Souad nous explique que son père n'a jamais plus revu ses terres depuis l'édification du mur.

En dehors de sa partie centrale, le mur n'est ici (encore?) qu'une clôture électrifiée avec checkpoints.  L'un d'entre eux, aujourd'hui fermé, est aménagé avec de longues chicanes couvertes avec rampes en métal avant d'arriver à deux portes, l'une pour entrer, l'autre pour sortir.  L'autre, où nous nous arrêtons après un court trajet en bus, est équipé plus sommairement, comme une sorte d'arrêt de bus mais avec un no man's land entre deux barrières couvertes de fil de fer barbelé made in Belgium (il paraît que Bekaert s'y connaît et fabrique des barbelés infranchissables, avec lames de rasoir tout le long du fil).  Quelques personnes attendent d'ailleurs que la barrière daigne s'ouvrir.  De l'autre côté, des soldats israéliens en armes et un véhicule blindé.  C'est ici que, pour la première fois, nous allons faire ce pour quoi nous sommes venus : chanter aux checkpoints.  Nous le faisons le coeur serré, surtout quand un bus passe, plein d'enfants qui vont sans doute en excursion et que les soldats fouillent le fusil-mitrailleur à la main.  Nous distribuons aussi un petit tract en anglais et en arabe expliquant pourquoi nous sommes là – que Marco remet aux soldats israéliens de l'autre côté de la barrière.  Un grand moment ...

     Le bus nous redépose ensuite au centre de Qalqilia pour un entretien avec quelques clients du dispensaire du docteur Abushi.  Marco y salue un ancien étudiant, le cheikh « double v » qui arbore en effet une barbe rousse en « W » du plus bel effet.  On nous y présente aussi un film où Mustafa Barghouti, le chef d'un nouveau parti palestinien (Al-Mudabara) qui se veut une alternative au Fatah et au Hamas, expose l'histoire de la résistance palestinienne; un film qui nous prend aux tripes, mais qui suscitera pas mal de questions par la suite.  Puis nous partons avec Souad – et avec Bassam, notre chauffeur! - drapeau palestinien à bout de bras et munis d'autocollants, pour une manifestation appelant au boycott des produits israéliens, dans les rues de Qalqilia et au marché couvert.  L'action s'inscrit dans le cadre de la campagne BDS (boycott – désinvestissement – sanctions) et a tout son sens ici, car les commerçants de Palestine continuent à proposer (par nécessité?) des produits fabriqués en Israël.  Les passants reprennent le slogan hurlé au mégaphone (Qaata Israel!), acceptent les autocollants, un des échoppiers du marché grimpe sur son étal et saisit le mégaphone pour appeler lui aussi au boycott, le tout dans une ambiance très chaotique de gosses poussant des charettes à bras, de taxis se glissant dans la foule, de vie multicolore, chaude et bruyante.  Après l'action, le repas : quartier libre, donc dans un petit restaurant de shoarmas où nous nous apercevons que l'eau minérale que nous nous sommes procurée dans le frigo est ... israélienne !  Nous recevons en échange, après en avoir fait la remarque, une grande bouteille d'une eau politiquement plus correcte, avec les excuses confuses du patron.

Le soir, après un repas de poissons grillés au restaurant Addiwami, double debriefing : d'abord par groupe, ensuite ensemble.  Nous sommes tous sous le coup de l'émotion.  Le film qui nous a été montré au dispensaire du docteur Abushi en a interpellé beaucoup : consacré à l'histoire du conflit israélo-palestinien, ne manque-t-il pas son but parce que trop sensationnaliste ?  On y trouve aussi quelques « omissions » gênantes.  Certains d'entre nous craignent la manipulation.  Beaucoup, par ailleurs, évoquent les contrastes de la journée : contrastes entre moments forts comme notre visite à l'école de musique ou à l'école du cirque, et moments d'indignation lors de notre passage au checkpoint.

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