zaterdag 7 mei 2011

mardi 19 avril 2011

 Bethléem - Hébron - Beit Ommar - Bethléem

     Mardi 19 avril.  A cause d'un mariage organisé la veille dans la grande salle du Centre, le petit déjeuner doit être pris plus tard que prévu.  Le départ, en bus une nouvelle fois, pour Hébron en est retardé d'autant.

     A Hébron, nous sommes accueillis dans les locaux de l'association franco-hébronite par Khouloud, une jeune femme qui se débrouille fort bien en français.  Sous sa conduite, nous visitons la ville d'Hébron, El Khalid en arabe, l'ancienne Arba.  Ici, les colons israéliens entourent la ville.  Il y a plusieurs colonies, dont l'une s'est installée sur une colline où se trouvait la ville originale et une autre a pris le nom de Kyriat Arba, manière de se réapproprier l'histoire.  Dans cette ville où deux populations se partagent (enfin, pas vraiment : même la route qui mène à la colonie est séparée en deux portions, l'une pour les voitures des colons et l'autre pour les Palestiniens qui forcément vont à pied, derrière des blocs de parpaing) des lieux saints (le tombeau d'Abraham ou Ibrahim), les mesures de sécurité sont très strictes.  Pas question d'entrer dans la mosquée (gardée par des soldats) si on n'a pas passé un tourniquet individuel, et si on ne s'est pas laissé fouiller (assez sommairement : No sharp object ?)  La mosquée d'Hébron a été réduite de plus de moitié par les Israéliens après l'assassinat en 1994 par un extrémiste juif, Baruch Goldstein, de 28 musulmans en prière.  Une synagogue y a été installée, que nous ne visitons pas.  Mais nous montons vers la mosquée pour voir notamment les cénotaphes d'Abraham et de Sarah.  Ensuite, descente vers la route des Martyrs qui relie deux des colonies de peuplement juives, mais le passage nous est interdit pour cause de Pâque juive (Pessah).  Un militaire israélien armé nous le signifie, et repousse en même temps derrière une barrière Nadar le cortège d'enfants qui nous accompagnent depuis la mosquée en proposant des bracelets aux couleurs palestiniennes pour cinq shekels.  Ces enfants nous suivront pendant toute notre visite de la vieille ville, sans se décourager : five shekel, five shekel !

La vieille ville d'Hébron, c'est surtout un enchevêtrement de ruelles bordées de petites échoppes dont beaucoup sont fermées, apparemment sur ordre des soldats israéliens ou parce que les commerçants, découragés, ont jeté l'éponge .  Au-dessus de nos têtes, un grillage installé par les boutiquiers protège des détritus que les colons, implantés plus haut, jettent régulièrement dans l'étroit passage.

Au beau milieu de la vieille ville se trouve l'autre local de l'association franco-hébronite.  Après quelques explications sur les activités de l'association et une petite collation, on nous amène dans une cour pleine d'enfants.  Quelques-uns vont danser et chanter pour nous, tout le monde scande en frappant des mains.  A notre tour, nous entonnons Bella Ciao ( « une chanson toute simple ») et Al Rabayieh, qui nous vaut un beau succès devant un public évidemment tout acquis.

Après une courte visite dans une manufacture de keffiyeh et dans une fabrique de verre – deux des activités artisanales qui subsistent à Hébron, l'occasion pour les visiteurs et les touristes (on l'est toujours un peu) d'acheter l'un ou l'autre souvenir – c'est le départ pour Beit Ommar.

      Beit Ommar se trouve à 11 km au Nord-Ouest d'Hébron, c'est un village (17.000 habitants quand même!) situé tout près de la route qui relie Hébron à Jérusalem.  Beit Ommar est, lui aussi, entouré de colonies de peuplement.  L'armée israélienne a fermé par des blocs en béton quatre des cinq accès au village, et le cinquième est gardé par une tour de contrôle qui a tout d'un mirador.  La Palestine est divisée, depuis les accords d'Oslo de 1995, en trois zones : A (sous contrôle théorique de l'Autorité palestinienne, mais les Israéliens n'ont jamais hésité à y pénétrer s'ils le jugeaient utile), B (sous contrôle civil palestinien mais dont la sécurité intérieure est assurée conjointement par l'Autorité palestinienne et par Israël, ce qui signifie en pratique que les Israéliens y ont tout à dire) et C (sous contrôle civil et militaire israélien, englobant les colonies de peuplement et les principaux axes de communication).  Beit Ommar est situé en zone C : le village peut donc, à tout moment, subir des contrôles de l'armée israélienne.  Des colons juifs y sont installées depuis 1933.  Certains, très radicaux, brûlent les terres des fermiers palestiniens, leur envoient des porcs élevés sur caillebotis et des chèvres, attaquent les véhicules palestiniens sur la route de Jérusalem.  L'armée israélienne a même détruit le mur du cimetière de Beit Ommar pour obliger les enterrements à contourner cette route.

Toutes ces explications nous sont données par Moussa Abou Maria, l'un des animateurs du comité populaire de Beit Ommar.  Ce comité compte deux branches : un Conseil pour la justice et la liberté (Council for Freedom and Justice, CFJ) et le Palestine Solidarity Project (PSP).  Ses objectifs consistent à promouvoir des actions de résistance pacifique et à défendre l'unité entre factions politiques : la division affaiblit la cause palestinienne.  Après un repas au siège du comité populaire, son président Youssef Arar, qui fait également partie du comité populaire national, nous expose le fonctionnement de l'organisation.  Il met l'accent sur l'importance de ses contacts internationaux et annonce notamment la tenue en juillet 2011 d'une conférence nationale à Bethléem, à Beit Ommar et à Ramallah, qui doit servir d'amorce à la création d'un mouvement populaire unifié de résistance à l'occupation israélienne.  Il a manifestement l'étoffe d'un homme politique …

Retour en soirée à Deheisheh où a lieu un debriefing en deux groupes, surtout pour évacuer les émotions et les impressions fortes que nous a laissées cette journée à Hebron et Beit Ommar.  Chacun explique quand et pourquoi il s'est senti personnellement heureux ou mal à l'aise.  Les exposés de Naji et Souhair, l'enthousiasme des enfants d'Al-Rowwad ou de l'association franco-hébronite, la construction d'une liberté dans la dignité ont marqué les esprits – mais aussi les enfants vendant avec obstination leurs colifichets, le manque d'eau.  Ceux qui sont déjà venus en Palestine auparavant font un constat plutôt pessimiste : la situation empire.  Le seul point positif, c'est le renversement progressif de l'opinion publique en Belgique.

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